- Attente
- Le monde semble dans une telle panade qu'on se demande
si on arrivera à en sortir un jour.
Mais si l'on ne trouve pas de solution, qu'on se rassure !
Les religions monothéistes s'accordent pour proclamer que de toute façon,
ce chaos est promis à une fin et par là même nos souffrances.
En attendant ce climax, les humains sont livrés à eux-mêmes.
Pour tuer le temps, ils ont l'embarras du choix,
mais leur préférence va à pourrir la Terre et la vie de leurs semblables.
Les non-croyants œuvrent en n'espérant rien du tout.
Les autres œuvrent sans oublier de miser quelques piastres
sur la reconnaissance de leurs mérites, pour le jour où ils ne seront plus.
Mais le retour du Bon Dieu, ce serait tout de même autre chose !
Trépignant d'impatience, combien n'ont pas lu dans le ciel
un signe précuseur du débarquement du chef, de son armée et de ses lois ?
Hélas, au vu de l'imbroglio du monde, on se dit qu'aujourd'hui encore
il répond aux abonnés absents.
Serait-il parti à la pêche et tout affairé à surveiller ses lignes,
n'aurait-il point mangé sa promesse d'assistance éternelle
à la remarquable humanité ?
De toute façon, inutile de pester,
Il est dit qu'Il ne reviendra qu'au jour où Lui l'aura décidé.
- Embrouille
- Nous voilà donc condamnés à nous supporter,
mais cela n'est pas sans soulever une question.
Si la fin est telle qu'énoncée, c'est qu'on savait
depuis le début que rien de bon ne sortirait de l'homme.
Le temps lui serait donc inutile ?
Que dire de toutes les souffrances endurées, notamment
les plus délicieuses qu'il a imaginées et s'est infligées ?
Avaient-elles pour seul objet de le soustraire à la monotonie ?
Rien pour baliser un chemin de cohérence ou discerner une quelconque
voie de salut ?
À mes yeux d'humain, ce scénario me paraît un brin cruel
voire même un peu sadique.
Hum... mais ça ne tient pas.
Non, car alors le sacrifice de la croix s'avèrerait totalement superflu.
Pour mémoire, résumons ce qu'il intime :
- l'alliance est réaffirmée. IL ne se désintéresse nullement des hommes
- primauté au libre choix et à l'expression des humains
- un sacrifice librement consenti, un jugement librement prononcé
qui nous laisse comme orphelins, condamnés à apprendre par nous-mêmes
- aucune intervention, même dans les pires circonstances.
Le présent ne porte que la signature de l'homme
- mais aussi, la Vie est un peu plus grande que ce pour quoi
la tiennent les hommes
Alors que nous soyons coutumiers à l'incohérence soit,
mais que Dieu le soit aussi, est antinomique à sa nature.
Donc pour le clap de fin, il faut rejeter l'idée d'un débarquement
autoritaire levé pour mettre cet idiot d'homme au pas.
Cela scellerait la faillite et l'abandon du "projet homme".
Si un jour Dieu en vient à sustenter l'homme,
ce sera donc avant tout par... l'esprit.
Comment considérer cette éventualité ? Constitue-t-elle une inqualifiable
atteinte à l’endroit de ta personne, ou es-tu accessoirement
disposé à l’accueillir ?
Seulement pas facile en cette époque dépourvue non seulement d'humour
et d'esprit mais aussi d'imagination.
Comment lui faire percevoir que le tout n'est peut-être pas matériel ?
Ce n'est pas gagné et pour preuve en voici quelques bribes...
- La faim des hommes
- "Par l'esprit ? Par l'esprit !
Mais c'est quoi ces balivernes ?
L'esprit n'est... qu'une vue de l'esprit.
Il n'est pas une réalité tangible.
D'ailleurs il ne nourrit pas son homme.
Quand on voit nom de nom tout le mal qu'on se donne,
grigris, icônes, grimaces, sacrifices, parures, anathèmes...
mais comment Dieu peut-il rester sourd à autant d'appeaux ?
Qui ne répondrait à pareille supplique ?
Comment ignorer semblable dévouement ?
Quel ingrat s'il ne se déplace pas lui-même en personne !
Et puis nous on L'aime, Lui le très haut, Lui le très puissant
dont il faut craindre les foudres.
Il pourrait aussi nous permettre
d'échapper à ce vilain méchant monde
et son impitoyable corollaire, la mort
qui plane au-dessus de nos têtes depuis le premier jour.
Alors sois sage, allez, écoute-nous, reviens !
Hum... Avant de convoquer Dieu, ne faudrait-il pas convoquer l'homme ?
- La faim du monde
- Imaginons maintenant que Dieu ne soit pas parti à la pêche mais se tienne tapi,
les mains sur la tête pour ne pas être tenté.
Il n'est pas dans le lointain et absent mais soupire, prostré dans la doublure du monde.
"Mon projet c'est la liberté offerte à l'homme.
Si j'interviens, je l'en prive car il serait illico rétrogradé à l'état de marionnette.
Tout ce à quoi je m'autorise, c'est lui présenter une onde d'esprit
mais il lui revient on non d'y accéder.
Je ne veux pas d'une armée de béni-oui-oui,
idolâtres zélés incapables d'acquiescer à la vie.
Je ne me repais pas de flatteries et suis mal-à-l'aise des louanges d'êtres inaccomplis.
S'ils déclarent aimer la vie, ils s'empressent aussitôt de la spolier.
S'ils déclarent m'aimer, ils trépignent refusant d'aller au bout de ce que je leur ai donné.
L'humain est le bras armé de l'homme, il lui revient de décrocher la timbale.
Je les veux humain et homme libres."
Dans ces conditions, lequel des deux partis est le plus rongé par la faim ?
Pour lequel l'attente est-elle la plus longue ?
Lequel est le plus présent, le plus fidèle, le plus fiable ?
Lequel a déjà fait sa part de travail ?
Lequel est le gros lourd ?
Au vu du spectacle qu'offre l'humain, peut-il encore croire en l'homme ?
Et si celui-ci n'était finalement pas à la hauteur de l'enjeu ?
Imaginons maintenant que nos dimensions n’incarnent pas le cœur du monde
mais n’en soient qu’une infime banlieue.
Cette représentation facétieuse de l’espace, licencie tout humain à reposer
en quelque sorte directement sur Dieu.
Lui se tient en libre service,
il attend qu'on lui fasse de la place ou non.
Pareille géométrie donne à chacun le même libre accès, sans intermédiaire,
les mêmes droits.
Mais alors pour nous, quelle impéritie !
Et comment regarder ces donneurs de leçon "Il est par ici !
Pour lui plaire, il faut faire cela.",
prompts à jeter opprobre et anathème sur le premier qui ne les vénère pas ?
S'ils se nomment Docteurs, de quelle Loi ?