Que faire ?
Moi qui suis d'un naturel prudent, je ne prendrais aucun risque. On ne peut rester sans rien faire et délaisser l'aubaine. "La liberté serait au cœur de l'homme ?" La chose mérite d'être considérée.
- Comment s'y prendre ?
- Il est vrai que l'époque nous élève dans un maître carcan.
La raison c'est être matérialiste et performant,
en d'autres termes superposer un bénéfice chiffrable à son action.
Tel un mouton en son parc, on doit se cantonner à courber l'échine et brouter,
dans un surplace mortifère, exempt d'horizon.
Il faudrait donc commencer par alléger notre ordinaire. Lestées d'un soupçon de désinvolture, nos personnes pourraient discerner le contour des montagnes qui nous assiègent et envisager qu'il puisse au-delà y avoir un ailleurs. Il faudrait donc commencer par offrir la dignité à chacun, en le dépossédant d'un quotidien assimilé à une lutte intraitable et sans fin. La pauvreté ne doit plus dévorer d'existences.
Et ensuite ? Ensuite on ouvre. L'homme étant plus disponible, on peut chercher à extirper de la cage humaine ce qu'elle recèle. - Une méthode
- L'enjeu est trop sérieux pour le confier à un comité Théodule.
On ne peut analyser et codifier l'humain de la même manière qu'on abuse l'animal.
Non, il revient à chacun de chercher et puiser.
Sciences, arts, techniques, perceptions, aspirations... tout doit être mis sur le métier. Ne rien réfuter, ne rien négliger. Il ne s'agit pas d'introniser une nouvelle posture et s'y réfugier. Non, aucun répit avant d'avoir fouillé, retourné, épuisé tout ce qui peut aider à mettre l'homme en lumière.
Pour pareille tâche, petit panel ne saurait suffire. Il faut pour le moins mener l'exploration à l'échelle universelle. Sexe, couleur, culture, latitude... aucune bonne raison qui tienne. Nul ne peut se prévaloir d'une quelconque particularité de sa personne pour rechigner à la besogne.
Ne nous méprenons pas. Le travail ne consiste pas à contester aux princes leurs domaines, mais à estimer si le support humain, par la dose de liberté qu'il embarque, n'aurait pas à s'incliner devant l'identité humaine.
- Au quotidien
- On ne peut être ni pointu dans tous les domaines,
ni exceller dans tous les modes de connaissances.
Il importe cependant que chacun puisse saisir le monde par le prisme qui le fascine le plus.
Sur le mode des Ondes Sélènes*, il faut instaurer un service permanent de l'éveil, offrant à chacun un libre accès à la connaissance par le biais de son choix. Tout acte d'apprentissage vient alimenter sa perception du monde et nourrir sa personne.
Justement, à ce sujet il est peut-être temps aussi de délaisser sa prison.
Ethnie, culture, milieu social, ambiance familiale sont autant de paramètres qui informent notre quotidien au point de nous forger une représentation du monde. Pourtant ces conditions ne sont que des points de contact de nos personnes avec le monde des hommes. Même si elles en ont été pour un temps les stimuli obligés, elles ne peuvent prétendre au titre de déterminants inconditionnels de nos existences.
Du haut de son nid d'impermanence et d'imperfection, il peut être doux d'apprécier la totalité du monde. Si nul ne peut se départir du matériel de sa personne, nul ne doit pour autant l'élever au rang de fossoyeur de sa liberté.
Peut-être que pour augmenter les chances de succès de cette aventure humaine, faudra-t-il mettre en suspens la démarche de concurrence. En effet dans cette affaire, il n'y a ni marché à gagner ni progrès à monnayer. Y a-t-il pour le moins une chance d'aboutir ? Alors autant que toute avancée soit divulguée sans entrave. Il convient de tout réunir agréger capitaliser et surtout partager. L'enjeu est de taille, aucun petit calcul ne semble opportun pour le résoudre. Mais pour cette plongée en inconnu, l'humilité pourrait être une bonne alliée car si vraiment la liberté coule en l'homme, celui-ci doit se montrer capable de remonter à la source.
Et s'il y parvenait cela signifierait non plus que l'esprit serait une coquetterie du corps mais bel et bien sa raison.