Le génie humain

Non au scepticisme !

Mais ne nous laissons pas submerger par la prédisposition de l'homme à l'égocentrisme. Entendu, l'animal n'est pas parfait, mais faut-il pour autant en faire un drame ? Alors laissons de côté esprit chagrin et défaitisme et regardons les choses en face. Approchons...
Oh ! Merveille des merveilles, mais quel enchantement ! Qui ne tomberait en arrêt devant si étincelant génie ?

Car non seulement l'homme déborde de tout mais aussi de partout. Il impressionne par sa facilité d'adaptation, sa souplesse, son appétence à s'immiscer dans la moindre anfractuosité du monde. Pas de doute, s'il est une espèce pour laquelle le mot "génie" ait été créé, c'est bien l'homme !

Toujours plus performant, inventif et débridé, inutile de chercher à le contenir, aucune borne ne lui résiste. Bienséance, sollicitude, intelligence... nul champ où le champion n'excelle et pulvérise les limites. Et cela non seulement par le niveau d'infamie qui habille ses actes mais aussi par le degré de despotisme auquel il les porte.

Cet être d'exception s'unit en une grande famille appelée "genre humain". Si pour chacun cet ensemble représente le théâtre de ses oeuvres, il constitue aussi un vaste réservoir aux multiples facettes. Comme dans un libre-service où les biens seraient des humains, on y puise au gré de ses intérêts. Ainsi chaque jour que Dieu fait, il faut saisir sa chance. Alors prends, souille, arrache, déverse au hasard de tes besoins. La superbe malléabilité de l'homme fait que tout un chacun peut être ravalé au rang de n'importe quel ustensile en fonction du service que tu en attends.

Voilà. Autant d'ardents consommateurs de l'homme, autant de trajectoires disjointes. Il convient d'être fort musclé pour tracer son chemin au milieu de tant d'importuns. Et plus tu uses de la force, plus tu te sens investi par la vérité et la raison.
Mais chacun à vouloir aller partout et en tous sens, l'homme se retrouve finalement nulle part ou alors pas du tout où il comptait aller. Tout agité qu'il soit, dans son universelle incohérence, il n'oeuvre qu'à sa propre perte, attisant sa ruine, scellant sa nullité.

S'il s'agissait d'un héros de fiction, on jubilerait de pareille ripopée de ridicule et d'impétuosité. Mais voilà, la réalité est bien plus féroce. Nous voici face à l'être veule et fourbe que nous revêtons chaque jour, cet homme qui n'a pas encore choisi entre anomalie, incongruité ou gageure de la nature.