Petit Tour

Ainsi va la planète bleue. Appétissante comme pas deux, elle n'a pas son pareil dans cette partie du cosmos. Au milieu de tous les astres alentours, elle fait figure d'exception. Elle trône là comme une bulle échappée de l'éther, tel un accroc à la surface du monde.
D'ici nul ne soupçonnerait que derrière ses ors, l'humain l'a toute couverte de bleus. Car même si pour le phénix de ce coin d'univers elle incarne la planète qui a l'insigne privilège de le porter, il ne se prive pas de la rudoyer.
Dans l'immédiat délaissons le gros balourd et focalisons-nous sur les délices de Madame Terre.

Le visage qu'elle offre résulte de 4.5 Milliards d'années de tumultes, de régulations et d'innovations. Tout ce que nous voyons aujourd'hui est le fruit d'un long et minutieux travail de modelage et d'horlogerie. Le moindre paysage, la moindre rocaille ont tous eu pour prélude d'impitoyables tourments géologiques. Quand au plus petit végétal, la moindre bestiole, ils sont l'aboutissement d'une succession d'inventions et de mises au point. A chacun de nos pas, nous arpentons un incroyable musée, nous foulons un jardin extraordinaire...

Pour les premières traces de vie c'est environ 3.5 milliards d'années... Depuis, combien de variétés sont apparues, ont disparu ou ont rapidement échoué ? On prête à la nature d'être économe. C'est-à-dire qu'au fil du temps elle débarrasse toute espèce de ce qui lui est superflu, mais question diversité, elle se montre totalement délurée. Elle oscille entre exubérance et profusion, ceci à toutes les échelles, en tout lieu.
Dès ses débuts dans le monde microscopique, elle donne l'impression de se hasarder dans toutes les directions et dérouler toutes les combinaisons "juste pour voir". Au niveau macroscopique, coloré, ridicule, majestueux, gracile, pataud, gigantesque, minuscule, flamboyant, hideux, elle ne recule devant aucune fantaisie. Mouton à 5 pattes, veau à 2 têtes, homme sans coeur, sans cervelle, pas de censure, tout y passe.
Elle n'est pas regardante, c'est le temps qui validera si vaille que vaille le résultat obtenu tient la route. Et si l'histoire de la Terre est jalonnée de périodes d'extinction massive, la vie ne s'est jamais laissée démonter. Elle a recomposé à chaque fois un nouveau grand tableau tirant profit des nouvelles conditions.

Donc la Terre grouille de vie. Elle en jubile, elle en est infestée jusque dans ses moindres recoins et ses pires milieux.

La Terre semble donc en addiction à la vie. Serait-elle en servitude ou en réception de Madame Vie ? Quoiqu’il en soit elle fournit à la vie le support, la matière, la charpente mais cela comme si elle n'en avait aucune conscience.
Alors peut-être a-t-elle voulu rattraper cet état de fait ? Elle a commencé par s’offrir les mammifères puis les grands singes et jamais avare, elle a poussé jusqu'aux premiers hominidés. Jusque-là tout allait bien, mais en laissant surgir l'homme moderne, n’aurait-elle point perdu la face ?
Voilà qui classe l’homme moderne sur les créneaux partagés du rattrapage, de l'anomalie ou de l'erreur de la nature.